J'ai honte...

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L’entrée de l’Isaf est pleine de gamins du quartier qui viennent passer le temps, se créent un petit business avec les militaires.

On attend beaucoup pour entrer dans l’enceinte sacrée de l’ISAF mais on apprend tellement de choses ! 

 

- Tu t’appelles comment ?

Après m’avoir donné son nom afghan, l’enfant se ravise :

- James, James Bond

- Tu le connais ? 

- Non

- C’est une star de cinéma, il est anglais et il se bat (oui c’est pas tout a fait ça, mais je fais ce que je peux avec mon dari !)

- Il se bat bien ? 

- Oh tu sais moi j’aime pas trop les bagarres alors je ne peux pas te dire… 

L’enfant se rapproche

- Car tu sais eux – en jetant un coup d’œil aux militaires – ils savent pas se battre…

Et l’enfant part dans une grande explication 

- La dernière fois, il se passait quelque chose à l’entrée (oui il parlait vite aussi, j’ai pas tout compris…) et ils téléphonaient tous, ils ne savaient quoi faire ! 

 

- Tu es mariée ?

- Non

- Pourquoi ?

- Parce que je vis ici c’est pas facile, mais quand je retournerai en France, je pourrai me marier (oui c’est un gros mensonge mais on n’est pas là pour choquer non plus !)

- D’accord, mais quand tu te seras mariée, tu devras revenir en Afghanistan, ici, et nous donner des bonbons, c’est la tradition !

 

NB : Penser à apporter des bonbons lors de ma prochaine visite ISAFienne, sinon ils risquent d’attendre longtemps !

 

- Tu as de l’argent ?

- Non

- Pourquoi ?

- Parce que j’étais étudiante et que je ne gagnais pas d’argent

- D’accord, alors je te donne ces bonbons c’est un cadeau

- Non, je ne peux pas accepter, tu en as besoin, toi, pour les vendre !

- Oh tu sais eux (en me montrant une nouvelle fois les militaires belges) ils ont pas beaucoup d’argent, des fois ils nous filent des bonbons, mais les américains, eux, ils ont plein de dollars !me confie l’enfant les yeux brillants.

 

Ah si j’étais militaire en Afghanistan (lol), je serais responsable de la porte !

 


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Ce matin, Nazim reçoit un appel téléphonique d’Arefa, une de nos professeures du Panjshir. « D’où appelles-tu ? Tu es à Kaboul ? » « Non du Panjshir !» Annonce fièrement Arefa. Ce matin, les panjshiris ont pu pour la première fois utiliser leur téléphone portable et regarder Tolo TV, une des chaînes privées les plus regardées en Afghanistan.

 

Depuis ce matin, Nazim, avec un sourire, s’étonne de recevoir des appels du Panjshir et nous, on assiste sans complexe à la reconstruction de son pays !


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Arrivée à Warehouse, le camp militaire de l’ISAF où est situé l’hôpital français, les Afghans attendent en ligne. « Toi, viens » L’homme est d’âge mur, il pourrait être le père de ce soldat, mais la barrière de la langue semble empêcher toute marque de respect ou simplement de politesse.

 

J’entre avec deux françaises afin de passer la fouille obligatoire, sans rien dire. « Turn please » me dit-elle d’un ton sec. « Pas de problème, je peux le faire » Le fait que je parle français, l’étonne au plus au point. « Tu es française, mais ça va pas d’être dans ce pays, tu es folle, c’est nul ici ». Touchée à vif, je sors mon costume de super méchante ! « Excuse moi tu es déjà sortie d’ici ? Je travaille avec les Afghans, je vis avec eux et ce pays est formidable ». « Ah oui, vu comme ça… » Tente-t-elle de répondre. Mais il est trop tard. « Quand on ne connaît pas, on ne juge pas »

 

A l’hôpital, je me retrouve nez à nez avec une dizaine de médecins français quelque peu dédaignants. « Bon et toi quand quittes tu ce pays ? » « Ah putain moi je dois attendre encore jusqu’à mars… » Mon patient étant en consultation, je m’excuse en dari à mon voisin Afghan qui malheureusement comprend le français. J’ai honte. Mon patient sort sans information alors que l’on tente de nous conduire à la sortie.

 

Je reprends ma langue maternelle pour demander ce qu’il en est. « Ben, il a un cancer », sortira le médecin sur un ton des plus anodins.

 

B. a 52 ans. Il est le père de 5 enfants. Il fait partie de ces personnes à avoir tout perdu à cause de son honnêteté. Aujourd’hui, il est malade. Ici, à Kaboul, la chimiothérapie n’est pas envisageable.

 

« J’ai plus de travail, j’ai pas de maison, j’ai presque plus de vie maintenant, mais j’ai des amis… », Dira-t-il fièrement en sortant de l’hôpital. Demain, il s’envole pour le Pakistan pour se faire soigner, son entourage s’est cotisé pour lui sauver la vie.

 

Chaque patient est une personne, a une vie, une histoire. Je ne demande pas de miracle juste un peu de respect. Je ne cherche pas à faire de l’anti militarisme de base mais parfois je me laisserais bien tenter…

 


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Depuis quelques semaines, une règle de conduite est apparue à Kaboul.

 

Bon ce n'est pas comme s'il n'en existe pas déjà:

-  Les warnings quand on va forcer le passage pour aller tout droit dans un rond point

- Le coup de klaxon « bref » quand on va doubler

- Le coup de klaxon « appuyé » quand on va doubler même si on sait qu’il n’y pas la place

- Les plein-phares quand la voiture en face de toi est en train de doubler et que tu vas te la prendre de plein fouet

 

Mais là grande nouveauté:


Alors que depuis le début, tu crois que l’ISAF ne fait que acte de présence et quelques sorties pour arborer leurs beaux tanks tous neufs, tu te rends compte que depuis le début ils bossaient en fait sur un code de la route plus adapté au pays (ou à leurs besoins)

 

Je vous laisse seuls juges…


Vous avez besoin d'une traduction???


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Aujourd'hui, c'est férié mais comme toujours nous sommes les derniers au courant. Planifier, prévoir sont des termes complètement  obsolètes en Afghanistan.

 

Et pourtant les signes étaient là...

Depuis quelques jours l'Afghanistan se retrouve plongé dans l'Achoura land, des drapeaux ont fait leur apparition sur les voitures rendant encore plus dangereuse la circulation, des arches de tissu nous permettent de localiser précisément les quartiers chiites et le Mollah chante souvent, très souvent, trop fort et surtout surtout trop aigu !

 
Bref on enquête. L'achoura : commémoration de la mort violente de l'imam Hussayn, le fils du prophète Ali par les Omeyyades à Kerbala en Irak.

 
Dépêche ANSO (Notre super agence de sécurité qui nous envoie régulièrement des petits messages « attention une bombe semble avoir été localisée sur un vélo conduit par un Afghan barbu... Bref ça sert...Parfois) : déplacements à limiter dans les quartiers chiites demain. Cela attise d?autant plus la curiosité. L'enquête continue.

 

Et que decouvre-t-on? On ne commémore pas en déposant des fleurs sur la tombe d'Hussayn mais en passant les arches sus mentionnées en se flagellant afin de faire ressortir le côté martyr de la scène. Souffrir pour mieux comprendre la souffrance, pour mieux quoi ?

 

Je respecte mais s'endormir avec la vision de toutes ses voitures à drapeaux noirs se suivant dans ma rue partant à l'échafaud et de réveiller avec le cri des Afghans? 

Des scènes aussi violentes dans un pays tout juste sortie de la guerre, est-ce vraiment une bonne chose ?


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Chers amis,

Je vous remercie de suivre de façon si assidue l'actualité de ce merveilleux pays qu'est l'Afghanistan et de me transférer (plusieurs fois) les nouvelles les plus pertinentes!

Spéciale dédicace donc...


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Aujourd’hui la neige est de retour et avec elle l’absence de trafic aérien, les embouteillages et les accidents de voiture. A mon compte aujourd’hui, pas moins de deux. Passage en revue.

 

Le premier se passe dans une descente sur la route de Paghman. Sur la droite, le vide, devant, un flying coach (l’Espace à l’afghane…) qui n’avait pas jugé bon d’utiliser des chaînes malgré les 10 cm de neige tombées sur une couche de verglas. Quand soudain, le dit flying coach décide de s’arrêter, il y parvient 10m plus loin. Pas nous. Nous paierons et partirons phare et bout de carrosserie en moins…

 

Le deuxième aura lieu sur la route du retour. Après un tête-à-queue impressionnant provoqué par un de ces dos-d’âne (une spécialité en Afghanistan) verglacé, nous esquivons miraculeusement les voitures venant dans les deux sens, pour nous retrouver sur l’entrée d’un parking. Prêt à repartir, j’avertis Nazim d’attendre. Qu’une voiture arrive. Qu’elle va vite. Trop vite. Et qu’elle fonce droit sur nous... Ne parvenant à s’arrêter que dans notre roue, le taxi finira par détruire le reste de notre aile gauche.

 

Ayant payé pour le premier, nous refusons catégoriquement de débourser quoique ce soit pour ce chauffard inconscient. Le problème est pourtant là. Malgré le fait que je me fasse toute petite, que je réajuste sagement mon tchador et que ne sorte même pas de la voiture pour insulter ce danger sur roues, une « étrangère richissime » dans la voiture nous rend indubitablement fautif. Je ne sais pas si c’est la frustration de ne jamais pouvoir rien dire ou le mal de dos que je me paie depuis ces accidents, mais parfois les Afghans…

 


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Pour la première fois il fût inscrit à l’école. A Gulbahar, un village sur le chemin du Panjshir. Tenant la main de son père, il demanda « Qu’est-ce que c’est ? » « Un char », lui répondit-il. « Et eux qui sont-ils ? » « Les russes » « Qu’est ce qu’ils font ? » « Ils se battent contre les moudjahhiddin ». Il avait 6 ans. C’était en 1979. Le début de la guerre. C’était son premier jour d’école, sa première leçon.

 

Aujourd’hui, les enfants ne demandent plus ce qu’est un char, ils font partie du paysage, des histoires racontées par leurs parents, d’une vie rythmée par la guerre. Depuis ce premier jour d’école, Nazim a vécu beaucoup d’histoires comme celle-ci. Des histoires que je découvre petit à petit mais elles finissent toujours par « Mais aujourd’hui je suis heureux ».

C’est donc ça un conte de fées dans la vraie vie ?


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... Et beaucoup de motivation, voici le résultat!


Qui a dit que les miracles n'exitaient pas???

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