En Afghanistan, la tradition veut que l’on apprenne à lire et à écrire selon la méthode coranique. La répétition est la pédagogie afghane.
Dans nos écoles, nous essayons d’améliorer la qualité des cours dispensés. Par des formations aussi bien académiques que pédagogiques, nous mettons l’accent sur la participation active des élèves.
Ma leçon d’aujourd’hui fût donc des plus déroutante. J’apprends à lire en répétant « Nous sommes musulmans, à l’Islam nous croyons, le dieu Allah nous prions »… Chasser la religion…
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J'ai enfin découvert (de façon passive je l'avoue, R. m'ayant apporter la réponse sur un plateau) le fin mot du nettoyage de tapis à l'afghane!
Un tapis ayant plus de valeur lorqu'il est ancien, les tapis neufs sont soumis à ce traitement de faveur. Et je peux vous assurer, vu l'état de mes pieds le soir, que cette méthode doit marcher de façon radicale.
J'en profite pour répondre au commentaire de ma maman: Mère, sauf si tu souhaites venir faire des affaires ici, ne mets pas tes tapis neufs dehors pour les laver; je ne suis pas sûre que l'on est le même sens du mot valeur, en France et en Afghanistan. Mais bon, moi j'dis ça...
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Apprendre le dari n’est pas chose facile, trouver un bon prof non plus. Moi j’ai trouvé, enfin Nazim a trouvé.
J’ai bien essayé par moi-même. Ma première prof, que Nazim et moi appelions « 10$ de l’heure » était plus intéressée par le bruit des dits dollars que par le son de ma douce voix essayant de prononcer inlassablement l’imprononçable « qolf ».
Mon prof actuel lui est très pro, j’apprends à parler, à lire et à écrire. J’ai des devoirs que je fais à la dernière minute et des leçons que j’ « oublie » d’apprendre.
Aujourd’hui il m’a dit « I should put more pressure on you », j’ai l’impression d’être revenue sur les bancs de l’école… dans la peau du cancre…
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Freshta est arrivée comme tous les matins ce jour là. Mais avec une décision en tête, venir à Paghman, sa décision.
C’était une petite victoire. Mais peut-on parler de victoire quand on t’annonce la seconde qui suit que le mari n’est pas au courant ?
Aujourd’hui, on a licencié Feshta. Son niveau de français est insuffisant. Tu essaies tous les jours de changer des choses, petit à petit, mais c’est la réalité qui te dépasse.
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Le midi nous déjeunons tous ensemble. C. la maquettiste de notre magazine partage ce moment avec nous. Elle a 28 ans, n’est pas mariée et a une passion. Le vernis à ongles. Je suis loin de partager cette passion, certes, mais elle a une façon vraiment très artistique de se mettre du vernis. Après tout elle est designer, non ? Alors pourquoi pas. En tous cas ce n’est ni grossier ni vulgaire.
Apparemment ce n’est pas de l’avis de Nazim. Une discussion anglo-franco-dari commence. Je ne comprends pas tout mais Freshta me traduit. (Fresta n’est pas allée dans le Panjshir, ni à Paghman…) Apparemment il est impossible de prier avec du vernis à ongles… Alors quand il y a 5 prières par jour, c’est assez délicat, je pense qu’il faut se promener avec un dissolvant. Ce n’est pas gérable et ça peut revenir très cher. Mais cela est une reflexion purement personnelle...
Je regarde donc Nazim et lui demande si le vernis à ongles existait quand on a écrit le Coran. Je suis un peu néophyte en la matière. Il me répond que Dieu savait tout depuis la nuit des temps. 1-0. Respect mais j’enchaîne : "Je pensais que l’on priait avec le cœur et pas avec les ongles".1-1. Nazim est mort de rire mais ne démord pas. "Logisticien, ingénieur, moudjahiddin et mollah, je comprends que tu ne dormes pas beaucoup Nazim Jon". Nazim dort 5h par nuit.
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Aujourd’hui, en sortant de la maison, j’aperçois un tapis au milieu de la route. Les tapis sont communs en Afghanistan et si l’Iran ne faisait pas tant de concurrence déloyale, l’Afghanistan pourrait même faire partie des pays exportateurs de tapis…Mais je n’entrerai pas dans ces détails politico régionaux, là n’est pas le sujet. Bref, avoir des tapis ici fait partie de ton patrimoine. "J’ai une maison, une femme, deux filles, trois fils, une voiture et cinq tapis" pourrait te dire un Afghan fièrement. Mais de là à le trouver au milieu de la route…
Personne ne semble s’étonner. Je me risque donc à demander… "Heu… Il y a un tapis au milieu de la route ???" "Oui on fait ça pour les nettoyer ici", me répond J. tout à fait naturellement. J’acquiesce, ne sachant quoi répondre. "Tu verras ça souvent ici" conclut J. C’était ce matin, j’ai toujours pas compris. La poussière extérieure, les gaz d’échappement, la pollution ambiante était-elle préférable à la poussière intérieure ? Un passage répété de voitures, camions, charrettes, ânes et vélos sur ton tapis peut-il lui rendre un aspect neuf ? Je suis perplexe mais promets de mener mon enquête !
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Contrairement à certaines personnes qui vivent une double existence la nuit, je ne me souviens jamais de mes rêves.
Cette nuit, quand j’ai réussi à lyncher le moustique qui m’avait déjà piqué 15 fois, je me suis enfin endormie pour rêver du Ministère de la promotion de la vertu et de la répression du vice.
Petit rappel: ce ministère reste encore aujourd’hui un des pires souvenirs des afghans de l’époque taliban. Une vraie police religieuse extrémiste dans les rues de Kaboul et dans toute l'Afghanistan.
L’Afghanistan me monte à la tête ? Non, la grande polémique du moment est de réinstaurer ce Ministère en plus soft. Déjà en début de semaine des rafles ont eu lieu dans plusieurs restaurants servant de l’alcool.
Cette nuit, donc, la rafle avait lieu ici dans la maison d’AL et j’étais terrifiée (non pas que je cache de l’alcool sous mon lit !) à l’idée qu’il trouve la bouteille de Veuve Clicquot que C. a « emprunté » à l’ambassade (avec mon consentement) le jour du mariage de J.. En présence des afghans, elle ne pouvait boire, c’était un emprunt juste et légitime. Mais qu’en penserait le Ministère de la répression du Vice, hein ?
Bon d’accord l’Afghanistan me monte un peu à la tête ! Mais cette histoire de retour du Ministère reste vraie…
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...Prendre l'avion le soir d'une finale...
C’est dans le bus qui me mène à l’avion que j’ai appris la défaite française. Ce n’est pas faute d’avoir mobilisé Dubai : les serveurs obligés de travailler le soir d’une finale, les bureaux d’informations incapables de vous informer sur le résultat d’un match de foot, les vendeurs de billets qui ne vendent que des billets, les chauffeurs de taxi qui n’écoutent pas la radio. Tout ça donne : moi, incapable de dormir, dans quelques heures je serai à Kaboul et j’angoisse pour un résultat de foot ! Suis-je normale ?
Deux afghans se parlent dans le bus. Malgré mes heures de métro passées en compagnie de Raonaq, je ne comprends rien. Je me rassure, peut-être parlent-ils ourdou ou pashtou… Je me convainc guère. Quand soudain je comprends deux mots et pas des moindres : « Italiani » et « faransavi ». Enfin ! Je les interpelle : « Faransawi o Italiani ? ». Ils me regardent avec un grand sourire : « Italiani, Italiani ». Le monde s’écroule autour de moi. Tout ça pour ça… A ma mine déconfite, les afghans tentent de se rattraper. « Xô, Faransavi’sté ? ». Leçon 1 de Raonaq, je sais répondre !!! « Balé, faransavi’stôm ». Le fait de parler « couramment » ma leçon 1 de dari me remonte le moral. Les afghans aussi essaient en me vantant l’exploit français et trop content de connaître Zidane, on omet de me parler de sa sortie spectaculaire. Je l’apprendrai d’un autre afghan dans l’avion.
N’ayant pas dormi de la nuit, je tente de me reposer. Le survol des montagnes afghanes me ramène à moi. C’est beau. Je ne dors plus, je n’ai plus sommeil. Arrivée à Kaboul. Je me couvre la tête. La chaleur est assommante. Dans le hangar qui sert d’aéroport, c’est pire. Une heure pour passer les douanes. Une afghane avec ses enfants n’en pouvant plus demande à passer avant. Le garde lui répond, les afghans éclatent de rire. Souhaitant participer à cette hilarité générale, je demande à mon voisin de derrière ce qu’il a dit. « Tu as voulu l’égalité homme-femme, tu l’as eu ». Premier aperçu de l’humour afghan, ça commence bien !
Je récupère mon sac couvert d’une poussière blanchâtre. Une poussière qui ne m’a pas quittée depuis et qui me rappelle tous les jours que je suis en Afghanistan.
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