L'Afghanistan autrement!

Publié le par Mel

J’aurais dû appeler ce blog, l’Afghanistan autrement…

 

Une Afghanistan loin des Talibans, des attaques suicides, des Tchadris, de la guerre… L’Afghanistan de tous les jours, la vie des Afghans. Ceux qui sont assis au milieu des ronds points attendant une voiture, un taxi ou un camion dans lequel ils vont s’entasser pour aller travailler. Les enfants qui partent à l’école le matin leur livre sous le bras. La vie des afghans qui agissent et ceux qui n’agissent pas.

 

 Hier, j’ai eu une longue discussion avec Freshta. Elle aussi est afghane, c’est notre traductrice. Elle a passé 8 ans en France et de retour dans son pays depuis quelques mois. Elle a deux enfants, un garçon de 9 ans et une petite fille de 4 ans. Tous deux parlent très bien français mais ne le pratiquent pas. Sauf avec moi, j’ai demandé à l’aîné, s’il préférait la France ou l’Afghanistan. Il me répond gêné : « la France mais quand je suis avec des afghans, je dis l’Afghanistan pour ne pas les blesser » Il est adorable.

 

 Sa mère a donc été engagée peu avant les émeutes de Kaboul, le fameux « lundi noir ». Elle était alors d’accord pour suivre l’équipe d’Afghanistan libre pour des visites en province. Après les émeutes, elle s’est ravisée. A cause de la sécurité, me répond t elle quand je lui demande pourquoi. Nazim, qui est panjshiri lui dit qu’il n’y aucun danger, que la route est sûre. Toutes les semaines on va dans le Panjshir et on revient.

 Je lui explique alors les projets, une journée type d’AL dans le Panjshir. Aujourd’hui ça allait de l’installation d’un terrain de basket et de volley, à la distribution des salaires, suivi de la formation des profs, un petit coucou aux bébés de la crèche et visite au recteur de l’éducation. Je lui explique que l’on rencontre des gens formidables, qui bravent les interdits sociaux pour avancer, pour améliorer leurs conditions de vie. Je lui raconte l’histoire d’une dame travaillant à l’orphelinat de Qalatcha qui s’occupe des garçons, préparent les repas, met la table, la débarrasse, lave le linge, nettoie les chambres. La dernière fois elle nous a dit combien elle était heureuse de nous voir, que ça la changeait d’un quotidien monotone. Tout ça avec le sourire. J’ai décrété que j’allais la faire participer aux cours d’alphabétisation, qu’elle rencontre d’autres femmes, qu’elle apprenne à lire et à écrire, qu’elle prenne un peu de temps pour elle. Mais pour cela je devais lui en parler, savoir si elle aimerait faire ça et si oui changer quelque peu les habitudes de Qalatcha et que pour cela une traductrice me serait utile, qu’elle pourrait être très utile.

 

« Oui mais la sécurité… » Freshta est gentille mais pas très vive … Un peu remontée mais pas trop, je lui demande si elle aime son pays, si elle n’a pas envie de découvrir d’autres régions, de rencontrer d’autres personnes, de les aider, d’aider son pays. Un « Si bien sûr… » pas très convainquant me sert de réponse suivi d’un « mais c’est dangereux, il y a eu des morts dans le Panjshir » Elle est gentille la petite. « C’était la guerre Freshta, des morts il y en a eu partout ! » Nazim qui après avoir mille fois tenté de la raisonner me soutient dans mon initiative est mort de rire. Je joue la corde sensible, le tout pour le tout, ma dernière carte. « C’est l’image de ton pays que tu as envie de donner à tes enfants ? Un pays dangereux où l’on ne peut aller nul part, un pays où il règne partout un climat de méfiance. Je suis en Afghanistan et je n’ai pas peur et je ne veux pas avoir peur ». Je ne sais pas si j’ai changé quoi que ce soit mais Freshta va en parler à sa famille. Ce n’est pas sa famille qui lui interdit, elle se l’interdit toute seule.

 

 Freshta n’est pas venue dans le Panjshir avec nous aujourd’hui. La cuisinière de Qalatcha a dit qu’elle serait très heureuse de suivre les cours d’alphabétisation, le directeur va faire participer les garçons aux tâches quotidiennes. C’est pas grand-chose mais elle a loupé ça. Nazim sait qu’elle ne viendra, C. a dit « soit elle vient, soit on la vire ». Moi j’espère… Mais jusqu’à quand…

 

 

 

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Sandrita 31/07/2006 14:42

Merci Mél pour ces témoignages qui nous font voir l'Afghanistan sous un jour authentique... tellement loin du portrait que peuvent nous en faire les médias d'ici !
Ces histoires touchantes, on les vit à travers tes yeux et c'est un régal de te lire ! C'est la somme de ces petites histoires individuelles qui fait l'Histoire (avec un grand H)... alors continue : on en veut d'autres !

Christine HERITIER 26/07/2006 02:24

Je suis fière de toi, ma chérie !!!