Pire que de prendre l'avion le soir d'un match...

Publié le par Mel

...Prendre l'avion le soir d'une finale...

 

C’est dans le bus qui me mène à l’avion que j’ai appris la défaite française. Ce n’est pas faute d’avoir mobilisé Dubai : les serveurs obligés de travailler le soir d’une finale, les bureaux d’informations incapables de vous informer sur le résultat d’un match de foot, les vendeurs de billets qui ne vendent que des billets, les chauffeurs de taxi qui n’écoutent pas la radio. Tout ça donne : moi, incapable de dormir, dans quelques heures je serai à Kaboul et j’angoisse pour un résultat de foot ! Suis-je normale ?

Deux afghans se parlent dans le bus. Malgré mes heures de métro passées en compagnie de Raonaq, je ne comprends rien. Je me rassure, peut-être parlent-ils ourdou ou pashtou… Je me convainc guère. Quand soudain je comprends deux mots et pas des moindres : « Italiani » et « faransavi ». Enfin ! Je les interpelle : « Faransawi o Italiani ? ». Ils me regardent avec un grand sourire : « Italiani, Italiani ». Le monde s’écroule autour de moi. Tout ça pour ça… A ma mine déconfite, les afghans tentent de se rattraper. « Xô, Faransavi’sté ? ». Leçon 1 de Raonaq, je sais répondre !!! « Balé, faransavi’stôm ». Le fait de parler « couramment » ma leçon 1 de dari me remonte le moral. Les afghans aussi essaient en me vantant l’exploit français et trop content de connaître Zidane, on omet de me parler de sa sortie spectaculaire. Je l’apprendrai d’un autre afghan dans l’avion.

N’ayant pas dormi de la nuit, je tente de me reposer. Le survol des montagnes afghanes me ramène à moi. C’est beau. Je ne dors plus, je n’ai plus sommeil. Arrivée à Kaboul. Je me couvre la tête. La chaleur est assommante. Dans le hangar qui sert d’aéroport, c’est pire. Une heure pour passer les douanes. Une afghane avec ses enfants n’en pouvant plus demande à passer avant. Le garde lui répond, les afghans éclatent de rire. Souhaitant participer à cette hilarité générale, je demande à mon voisin de derrière ce qu’il a dit. « Tu as voulu l’égalité homme-femme, tu l’as eu ». Premier aperçu de l’humour afghan, ça commence bien !

Je récupère mon sac couvert d’une poussière blanchâtre. Une poussière qui ne m’a pas quittée depuis et qui me rappelle tous les jours que je suis en Afghanistan.

Commenter cet article