Le Ramadan a commencé il y a 3 jours, sans vraiment prévenir. Nazim est arrivé samedi a jeun « Ah ben en fait c’est aujourd’hui »… Heu…ok
Bien étrange coutume que le Ramadan, j’enquête, j’essaie d’en savoir plus… A quel âge commence-t-on ? Quand peut-on rompre le jeun ? J’observe…Et contre toute attente je découvre le secret très mal caché de Corina. Corina est notre femme de ménage, sauf que tu ne lui laisses pas tes fringues si tu y tiens un tant soit peu, et notre cuisinière, quand elle daigne venir. Malgré tout, je l’adore, c’est une femme souriante et attachante. Je dois la virer et je ne peux m’y résigner. Corina est enceinte jusqu’aux oreilles mais refuse de l’admettre prétendant qu’elle est « juste grosse du ventre ». Personne n’est dupe. Or une femme enceinte ne jeûne pas et Corina ne jeûne pas. Quand nous découvrons cela, Nazim et moi éclatons de rire malgré les protestations et l’insistance de notre future maman. Mais dans la cuisine, une fois Nazim sorti, une main sur le ventre, Corina m’a enfin avoué son secret.
En tout cas, depuis trois jours, le monde tourne au ralenti, Kaboul est étrangement calme, comme si le Ramadan avait apaisé les tensions… Se pourrait-il que comme le déjeuner, les querelles et les protestations aient été laissées en suspens ?
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Moi oui mais en Afghanistan c’est une toute autre histoire. Cette histoire a commencé la semaine dernière à Paghman.
Première chose vous oubliez tout ce qu’on vous a toujours appris sur les règles de conduite, ici il n’y a qu’une règle : LA PERSONNE EN FACE DE TOI PEUT TOUT FAIRE. Une fois que tu as compris ce principe clé tu peux passer derrière le volant…A droite… En Afghanistan on conduit à droite (enfin normalement…) mais les voitures viennent souvent du Pakistan voisin. Alors que tu n’as jamais été capable de faire quoique ce soit de ta main gauche, la voilà réquisitionnée pour passer les vitesses du 4*4.
Te voilà donc sur la route, ou plutôt la piste, pas trop dur…Sauf que ton cerveau refuse de comprendre que la boite de vitesse est à gauche, tu manques donc plusieurs fois d’ouvrir la portière et le clignotant (qui ne sert à rien mais que tu t’obstines, conditionnée que tu es, à vouloir mettre…) n'est autre que l'essuie-glace.
Ca fait rire Nazim, c’est déjà ça… Me voilà sur la route, une vraie ! « A Kaboul, c’est moi qui conduit » me dit-il presque rassuré, sauf qu’arrivés dans la capitale, je maîtrisais parfaitement le clignotant, la boite de vitesse et l’afghan au volant prêt à tout (sauf à voir une fille au volant!) et en finissant ma course sur le parking du campus universitaire kabouli je peux affirmer une chose : ben conduire avec un foulard c’est pas simple…
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Comment pouvions nous deviner que se faire enregistrer auprès de la délégation consulaire prendrait des airs d'aventure sans nom… Nous voilà AG et moi dans le SAS d’entrée de l’ambassade à attendre que la nouvellement nommée consul veuille bien nous recevoir. Ici pas de banc, pas de chaise, encore moins de petit café, assises à même le sol, derrière de hautes grilles nous attendons notre tour, la sécurité est à ce prix…
Les joies de la lenteur administrative française existent aussi ici, en plein milieu de Kaboul et sont incarnées par Madame la consul. Je passe l’épisode du « Et vous mettez un foulard à chaque fois que vous sortez ? Moi je suis sortie en jupe courte et manches courtes, on m’a rien dit hein ? » complètement hallucinant de la part d’une personne censée représenter un pays… Du bout de deux de ses doigts, elle arrive tant bien que mal à taper les informations présentes sur notre formulaire. Nous prenons notre mal en patience quand un de ses collègues entre et nous annonce qu’une alerte à la bombe leur a été communiquée dans la route même de l’ambassade et que nous sommes interdits de sortie.
L’alerte se confirme, une voiture piégée doit être désamorcée. Devant le « Et bien j’ai tout mon temps maintenant » de la consul nous voilà coincées pour une durée indéfinie, horrifiées non pas à l’idée de sauter en compagnie de nos concitoyens français mais plutôt à l’idée de devoir passer plus de temps en cette charmante compagnie. Mais nos cartes en main nous nous enfuyons vers d’autres quartiers de l’ambassade.
Pendant que les militaires français « dépolluaient » (selon les termes officiels) la voiture, que les voisins américains étaient confinés dans leur bunker, nous nous mangions charcuterie et fromage dans des assiettes RF. Vive la France !
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Mustafa a 3 ans. Il est très souriant et plein de vie, mais peut à peine marcher tant ses pieds sont boursouflés par la maladie. Il peut à peine vivre tant chaque coup se transforme en véritable supplice. Il souffre de cette maladie dont j’ai déjà parlé, une maladie sans nom…
Aujourd’hui, je l’ai emmené à l’hôpital des enfants, cet hôpital français inauguré il y a quelques mois par notre chère Bernadette et soutenu par tant de personnalités françaises. J’ai été reçu par un médecin français. Il a regardé l’enfant avec un air dédaigneux, comme s’il s’agissait d’une bête curieuse : « Et alors ? Vous me prenez pour un magicien ? Que voulez vous que je fasse ? » J’essaie de ne pas me décontenancer devant son apparente stupidité. « Selon mes informations il souffre d’une maladie orpheline, je cherche donc le nom de cette maladie afin de l’aider ». « Je suis pas une encyclopédie médicale, je peux pas vous dire ce qu’il a comme ça »……. Calme et sérénité. « Je me doute bien, Monsieur (le mot docteur me semblait alors aberrant), mais je voudrais qu’il passe des examens et faire ensuite des recherches en France » Réponse : « C’est l’Afghanistan ici, on peut pas faire ça, vous nous prenez pour qui enfin ? » J’ai évité de répondre « un hôpital » et suis allée prendre rdv avec un autre médecin en France en ce moment. Un médecin que j’irai voir seule, photos à l’appui.
Aujourd’hui, devant un père démuni et un petit garçon souffrant, j’ai jamais eu aussi honte d’être française.
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