Nov 2006 - Expériences kaboulies

Les femmes du village étaient nombreuses ce matin, malgré le froid et les premiers flocons de neige, à être venues participer à cette formation sur le « Planning familial » dans un de nos centres de santé.

« Qu’est ce que le « Planning familial » ? ». Les femmes restent perplexes devant cette première question posée par N., une iranienne installée depuis 2 ans en Afghanistan qui a développée seule des projets autour de ce thème, un thème selon elle facile à aborder, à moindres coûts qui pourtant a de vrais effets sur le bien être de la population afghane.

L’explication qui vient est claire et adaptée : « Quand vous plantez des arbres, vous laissez un espace entre chaque semence pour leur permettre de vivre et de mieux se développer, le planning familial vous apprend à faire la même chose avec votre vie, gérer le temps pour prendre soin de votre santé et celle de vos enfants »

Plus concrètement, N. va développer les problèmes liés aux naissances trop nombreuses et les solutions contraceptives les plus adaptées à chacune pour éviter ces problèmes. Petit à petit, les femmes se sentent en confiance et osent s’exprimer sur le sujet. Une femme, un bébé à l’abri sous son voile, affirme : « J’ai deux enfants, un de 4 ans et ce petit de 4 mois, donc je n’ai pas de problèmes ! » « Et combien de fausses couches ? » Lui demande doucement N. La femme répondra six, elle ne s’était pas rendue compte que le nombre d’enfants vivants n’était pas le seul à être pris en considération.

Tour à tour, les femmes se confient, certaines de façon éloquente et d’autres en regardant leur éducatrice à la santé comme pour bénéficier de son encouragement. Dans deux semaines, ces femmes seront conviées à une autre réunion pendant laquelle elles recevront un cours pratique sur la contraception et recevront celui qui leur sera le plus adapté. D’ici là, elles ont une responsabilité, avertir les autres femmes de leur entourage. Investies de leur mission, elles rentrent chez elle, cachant un grand sourire derrière leur tchadri bleu.


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Alors qu’une roquette de couleur rouge semble avoir choisi notre table du petit déjeuner pour atterrir, nous nous retrouvons debout en moins de 2s. prêts à toute éventualité. Ou pas… La lumière s’arrête, juste une explosion électrique mais le café fumant devant nous devient plus que nécessaire. La question devient : jusqu’à quand devrons nous nous passer d’électricité?

La journée continue. Visite des écoles de Paghman. Retour à Kaboul. Check point. Le policier n’a pas l’air très accommodant, d’ailleurs il n’a pas non plus l’air de savoir utiliser l’arme qu’il pointe sur nous. Une voiture nous suivait, elle s’arrête. Une moto passe. Nazim et Shafiq, nos deux moudjahiddins descendent. Une scène de guet-apens défile dans nos têtes. En fait non, on nous a pris pour des afghanes (plutôt sympa !) et confondu avec une autre voiture (qui elle prendra cher apparemment…)

Mais le pire m’attendait, à la table du déjeuner, quand, après mettre resservie pour la deuxième fois des légumes, je découvre dans mon assiette une sorte de petit ver rayé noir et transparent squattant tranquillement au milieu de mes bomias. Nazim arrête son repas sur le champ, AG semble ravie de ne pas aimer ça et je ne peux arrêter l’hilarité générale du staff devant mon air désespéré.

Quand une journée commence par une explosion de la centrale électrique située en face de sa maison, doit-on se recoucher directement ?


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L’Ambassade reste et restera un lieu mythique quand on se retrouve loin de son pays. Avec un peu de retard, l’ambassadeur réunissait hier sa communauté française autour d’un verre de Beaujolais nouveau. Ces quelques jours d’attente ne font pas de lui un grand cru mais accompagné de « produits du terroir », les français sont tous au rendez-vous.

Habillé d’un tablier vert « confrérie du Beaujolais », - oui on en apprend tous les jours – notre ambassadeur se lance dans un de ses discours dont lui seul a le secret. « …Beaujolais mais aussi solidarité… » En effet, le « pays qui nous accueille » entre dans un de ces rudes hivers, le froid ne calme pas les activistes au sud et la pluie fait des ravages au nord.

C. a tenté de lier cette soirée à un geste de solidarité en proposant l’idée d’une collecte qui reviendrait aux sinistrés du nord. Mais le discours continue sans aucune mention de cette idée, « le Beaujolais, ce soir c’est la convivialité ». Bien au chaud dans le salon, un verre à la main, un morceau de fromage dans l’autre, on oublie vite. Tellement vite. Et pourtant...

 


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Dans le Panchir, cinq ans après la conquête de Kaboul, l'amertume des héritiers de Massoud , par Frédéric Bobin

LE MONDE | 18.11.06 |

BAZARAK (VALLÉE DU PANCHIR) ENVOYÉ SPÉCIAL

Au pied de gorges nues, la rivière Panchir déroule son filet d'écume nacrée. Flambant neuve, la route sinue, butant par endroits sur des troupeaux de moutons guidés par un berger coiffé du pacol, le béret aux bords retournés qu'affectionnent les Tadjiks afghans. Le soleil d'automne miroite sur les crêtes enneigées. A 150 km au nord de Kaboul, la vallée du Panchir est une région enclavée, à la fierté ombrageuse, vivant encore dans le culte d'Ahmad chah Massoud, l'enfant du pays - assassiné deux jours avant le 11 septembre 2001 - qui tint tête aux Soviétiques et aux talibans, et dont les hommes conquirent Kaboul il y a cinq ans, en novembre 2001.


Les stigmates des combats passés n'en finissent pas de griffer le paysage. Les chars russes sont toujours là, carcasses au canon tordu rouillant dans les champs. Les maisons en pisé éventrées se comptent par dizaines.

Au volant de son 4×4 rutilant, Torialey Ghiassi commente, raconte, tend le bras pour pointer un ancien camp de réfugiés ou le site d'escarmouches avec l'Armée rouge. [...]

Aujourd'hui, il est inquiet. Cinq ans après la chute des "étudiants en religion", il ne voit guère les progrès de la reconstruction. Bien sûr, il y a la nouvelle route ou l'apparition de riches villas, propriétés de chefs panchiris enrichis à Kaboul. [...]

Les panchiris sont amers, déçus. Ils s'estiment bien mal récompensés de leurs sacrifices passés. "La résistance contre les Russes et les talibans a eu lieu ici, poursuit M. Ghiassi. Pourtant, le gouvernement n'a jamais vraiment reconnu notre contribution à la libération de l'Afghanistan. Nous sommes ignorés. Il n'y a plus de ministres panshiris à Kaboul. Et on nous demande presque pourquoi nous avons combattu les talibans."[...]

Dans la salle de palabre, où l'on s'assied sur des tapis rouge sang, un servant pose sur la table un plateau de raisins secs et de pistaches.

Kaka Tajudin a le geste théâtral et une longue barbe grise que plissent régulièrement de bruyants éclats de rire. "J'ai plus d'autorité ici, chez moi, que Karzaï n'en a sur le pays, se gausse-t-il. Il faudrait à Kaboul des chefs qui ont de l'expérience pour faire face à une situation qui, en fait, n'a pas changé. Nous, nous avons cette expérience. Mais les dirigeants actuels, qui sont revenus de l'étranger, ne savent pas comment faire."

Les Tadjiks du Panchir reprendraient-ils les armes si les talibans - majoritairement issus de l'éthnie rivale pachtoune - revenaient à Kaboul ? Soudain, Kaka Tajudin prend un air mystérieux : "Nous déciderons le moment venu."

Mais, à ses côtés, son ami Mohammed Aziz Azimi, un ancien technicien de la télévision, s'embarrasse de moins de prudence : "Bien sûr que nous les combattrons à nouveau. Plutôt mourir que de se rendre aux talibans."


Je me suis permis de souligner les meilleurs passages, un grand reportage plein d'intérêts...  Un article illustré par un soldat britannique à Kandahar, bravo... Si même Le monde s''y met...

Voilà le Panjshir, mon Panjshir...


 


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Après avoir emprunté baskets, raquettes et balle, s’être fait passées pour des travailleuses acharnées de l’ambassade de France, nous voici entrées dans l’enceinte sacrée des UN pour une partie de squash à1800m d’altitude. Un détail, certes, mais qui prend toute son importance quand à la première balle, nous nous retrouvons Gaëlle et moi le souffle coupé. Mais les énervements multiples de la semaine terminée et ceux que nous imaginons pour la semaine à venir, ont raison de nous et ce n’est pas moins de 1h10 que nous jouerons. D’ailleurs, on le sent bien aujourd’hui et les pauvres afghans de notre staff ne cessent de se demander pourquoi nous avons vieilli de 30 ans en une nuit.


Mais, hier, c’était en pleine forme, que nous accueillions à Kaboul l’arrivée du Beaujolais nouveau avec assiettes de charcuterie munis de nos badges « I buy afghan products ». Contresens ? Egarement ? Non non ça nous arrive!



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...Ou quand l’insupportabilité devient universelle...


Refusant catégoriquement les grosses soirées kaboulies mais pas contre un petit verre d’alcool, nous nous retrouvons entre filles à souhaiter passer une soirée tranquille au coin du feu de l’Atmosphère, LE resto-bar de Kaboul.

La soirée s’annonce bien, fauteuils cosy, verre de Chardonnay et discussions de filles quand un premier incident vient perturber notre soirée. Des bruits nous dérangent, une fille semble coincée dans les toilettes. Nous sommes aux premières loges pour assister à la libération  de la prisonnière. Mais celle-ci n’est pas à la hauteur de nos espérances. Le serveur s’improvisant, munis de tournevis, en Macgyver subit un premier échec. La fille enfermée depuis maintenant 15mn commence une gestion du stress appropriée. Macgyver tente la transformation « super héros », tentant de défoncer la dite porte du bout du pied. Après 15 coups et une porte toujours close, nous désespérons et commençons même à nous détourner du spectacle.

Il commence à se faire tard et le ratio 30% filles – 70% garçons de la population expat de Kaboul prend tout son sens. Il reste 5 filles dont une toujours séquestrée. Notre soirée « tranquille » prend alors une tournure différente. « Hi girls, this chair is free ? »  « Yes you can take it ». Sauf que lui et les suivants ne l’ont pas entendu de la même façon, s’asseyant l’un après l’autre pour nous poser 4 questions : Nom, travail, durée de vie en Afghanistan et numéro de téléphone. Le fait que nous ne parlons pas anglais, des fois que ça marcherait… Et que nous ne connaissons pas notre numéro de téléphone, re des fois que ça marcherait… n’empêchent pas notre soirée de se transformer en speed dating.

La fille est enfin sortie des toilettes, nous ne reprendrons pas un troisième verre, et pour citer Gaëlle je finirai par « un mec bourré c’est lourd, et ça c’est international !»

 


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L’hiver arrivant, il est assez stressant de travailler en Afghanistan. L’idée de la mort est omniprésente. Non aucune reprise de violence à signaler à Kaboul city, mais l’installation des bukharis dans les maisons.

Explications. Le choix est limité et pourtant tellement complexe. Il existe (à ma connaissance) trois types de bukharis : à bois, à gaz ou électrique. Ne sachant que choisir, nous avons opté pour la diversité.


Au bureau, nous risquons donc de mourir à chaque moment asphyxié par des émanations de gaz « normales » selon Nazim. Oui je continue d’avoir une confiance aveugle en lui.

 


 

 

Dans la salle de bains, nous avons adopté le bukhari « sciures de bois » (plus écologique que le bois, la ballade en forêt n’étant pas l’activité hebdomadaire des afghans le vendredi après-midi). Loin d’avoir compris le fonctionnement de ce système alambiqué, la douche quotidienne devient un moment très douloureux.




Dans les chambres, le chauffage est électrique. Là se pose un autre dilemme : Electricité ou pas électricité ? Le générateur, ce grand sauveur des soirs sans électricité, ne permet pas de faire fonctionner tous les appareils électriques de la maison. Il s’agit donc de faire des choix. Frigo ? Télévision ? Ordinateurs ? Internet ? Lumière ? Eau chaude ? Dans la liste des priorités, notre petit chauffage électrique arrive en dernière position. Mais les rares fois où l’électricité de la ville se manifeste, le petit appareil prend une teinte rouge tellement inquiétante que toute ton attention se focalise sur cette source de danger certaine par peur de voir ta chambre s’enflammer par une simple distraction de quelques secondes.

Heu, je viens d’apprendre qu’il existe un bukhari à pétrole…


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Aujourd’hui, Nazim était triste. Il voulait bâtir une maison pour sa famille mais il ne peut acquérir de terrain. Comment peut-on reconstruire un pays quand construire une maison relève de l’impossible ?

J’observe Kaboul. « Je suis contente d’être ici » confie-je à Nazim. « Ma xosh astom ké inja asti » me répond-t-il. Je souris. J’aime l’Afghanistan. Kaboul est polluée, tu aimes ? Oui. La poussière ? Oui. Le trafic ? Oui. Les afghans qui se disputent pour une priorité imaginaire ? Oui. Les talibans ? Non. Nazim rit pensant avoir gagné. « Pour moi les talibans c’est pas l’Afghanistan Nazim ». Je n’ai sûrement pas raison mais il ne me contredira pas.

Aujourd’hui, l’hiver est arrivé. Sans date sur le calendrier. Kaboul a revêtu une couleur blanchâtre. Les gardes leur parka. Les plus vieux leur patou. Les fenêtres un plastique isolant (ou pas…). Les Bukharis (le chauffage centrale afghan) s'installent dans les maisons. Il fait froid. J’aime ce pays. Malgré tout.


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    "En ce temps très lointain, dans Herat la Magnifique, régnait Schach Chamiran, souverain puissant et sage. Il aimait, au cours des aprés-midis brûlants, se promener sur ses terrasses, riches en ombrages, en fleurs rares, en jets d'eau et pavillons ciselés. Sa cour le suivait: dignitaires, prêtres, devins, chefs de guerre, poètes et princes.
    "Et un jour il aperçut, posé sur une haie vive, un oiseau inconnu, si beau qu'il s'arrêta pour l'admirer. A cet instant même, près de l'étincelant plumage, un serpent se dressa.
    " - N'y aura-t-il personne pour l'empêcher de frapper? cria Schah Chamiran.
    "Son fils aîné, d'une flèche, abattit le serpent. L'oiseau prit son vol, se perdit au fond de l'azur. On l'oublia.
    "Or, une année plus tard, jour pour jour et à la même heure, il revint, tournoya au-dessus du jardin royal et, avant de disparaître, laissa tomber quelques graines de son bec.
    " - Quen penses-tu? demanda Schah Chamiran à son grand devin.
    " Et lui, il répondit:
    " - Cet oiseau merveilleux t'a porté ta récompense.
    " Le Schah, alors, commanda de surveiller l'endroit où étaient tombées les graines. Une plante que personne encore n'avait vue commença d'y pousser. Elle ne monta pas très haut et sur ses minces ramures s'épanouirent des grappes de petits fruits ronds. Nul n'osa y toucher. Leur suc pouvait être funeste. Les grappes pourrissaient doucement. Le Schah fit placer un haut vase pour les recueillir. Une fois tombées, elles fermentèrent et un rouge liquide en sortit. Etait-ce la récompence? Ou un poison mortel? [...]

L'Aïeul de Tout le Monde - J.K.

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