Elle est souriante et se dit heureuse de suivre cette formation tout en me cachant un oeil tuméfié.
Son mari est médecin, elle professeure. La violence est partout, dans toutes les familles, derrière un sourire... Parfois ce pays me déprime...
From Kabul
L'afghanistan autrement...
ALSO est une nouvelle
organisation Afghane. Elle ne fait pas partie de ces nombreuses ONG crées après la chute des talibans qui ont disparu aujourd’hui ou font plus office d’entreprises que de rassemblement
associatif.
ALSO a été créée en 2007 par des afghans motivés ayant une véritable expérience dans le domaine de l’aide aux personnes handicapées.
Non entendus par les grosses organisations travaillant dans ce domaine, ils ont souhaités, à côté de leur emploi à plein temps, incarner leur idéal de l’aide dans une association, leur association.
ALSO part d’une idée très simple : une aide aux personnes nouvellement handicapées par des personnes elles-aussi
handicapées : une épaule, des informations, une orientation.
Aujourd’hui, ce sont des activités réduites qu’ALSO met en place, avec un soutien au coup par coup uniquement privé, faute de bailleurs.
Pourquoi aider une petite ONG afghane alors qu’il y a ici plein d’ONG de renom ? Pourquoi faire confiance à des afghans alors que l’Afghanistan regorge aujourd’hui de supers experts onusiens payés 1000$ la journée ?
ALSO est une initiative afghane comme on souhaiterait en voir plus et qui pourtant est aujourd’hui loin d’être valorisée.
L’histoire ne dit pas qu’eux-mêmes handicapés, les créateurs d’ALSO sont peut-être plus à même de connaître les besoins de leurs pairs que les pseudos colons que nous formons.
Jusqu’à quand ?
Voilà maintenant 3 mois que je travaille de façon intensive avec les femmes afghanes venant dans nos centres d’éducation à la santé sur le planning familial. Les femmes ont en moyenne 30 ans, 7 enfants ‘vivants’ (une donnée malheureusement importante à préciser en Afghanistan…), et pas de lait pour nourrir les petits derniers. Parler de l’espacement des naissances et des moyens de contraception à leur disposition n’est donc pas chose inutile.
Un programme complet, leçon par leçon, adapté à l’Afghanistan, aux mœurs islamiques et à un public analphabète est mis en place.
Aujourd’hui, c’est la fin du programme, il s’agit donc de savoir ce que les femmes ont retenu du planning familial. Petit tests sous forme de cas pratiques présentés aux femmes.
Les notions sont bien passées : espacement des naissances, âges pour avoir un enfant, contraceptions… « Une de vos voisines a trois enfants, un de un an, un de deux ans, un de trois ans, et n’allaite plus le dernier faute de lait, que faites vous ? »
Réponse d’une femme : « On va la voir et on lui explique qu’il faut espacer les naissances grâce aux contraceptifs »
« C’est très bien. Sauf qu’elle refuse de vous écouter. Que faites vous ? »
Les femmes en cœur « Tant pis pour elle, on la laisse tomber ! »
Aie. Ne perdons pas espoir. Certes ce n’est pas la réponse espérée mais tout n’est pas perdu.
« Mais maintenant que vous avez appris tout cela, vous avez une responsabilité vis-à-vis de cette mère et de ses enfants, alors que faites-vous ? »
Une femme : « On y a va et on essaie très fort de la convaincre »
« Mais elle ne veut pas vous écouter vous car elle ne sait pas que vous avez appris plein de choses sur le planning familial, alors que faites vous ? »
Les femmes en cœur : « Et bien, on la laisse tomber… »
Re. Aie.
« Et vous ne pourriez pas lui présenter quelqu’un qu’elle écouterait ? … »
Les femmes : « Ah si, on l’emmène voir Arefa, notre éducatrice à la santé pour qu’elle lui explique ! »
Voilà la réponse que j’attendais…
Voici aussi la différence entre une théorie ‘acquise’ et la pratique en Afghanistan. Pas tous les jours faciles de ‘sauver l’Afghanistan’ !
Nous sommes mercredi matin et c’est l’effervescence au bureau. Ce matin, c’est ramadan.
Sauf que tout notre petit monde afghan ne semble pas être d’accord. Ramadan c’est demain.
???
Alors on se renseigne, pour que Ramadan commence il nous faut le signal d’Arabie saoudite, il faut voir la lune ! L’Afghanistan n’est pas habilitée à donner ce signal, trop de montagnes, on n’est pas fiable.
Sauf que les télévisions afghanes en ont décidé autrement et ont annoncé le début du ramadan pour mercredi matin. A 23h, heure locale, l’erreur est rectifiée : le ramadan commencera jeudi, dépêche spécial d’Arabie saoudite.
Sauf qu’en Afghanistan, l’électricité qui fait encore défaut dans une grande partie du pays, Kaboul comprise, rend l’annonce impossible. Ce mercredi matin, on peut deviner assez facilement qui a un générateur et qui en a pas…
Peu de monde en a parlé et pourtant c’est une nouvelle catastrophe pour les habitants du Panjshir que l’on découvre quelques jours après les inondations de mercredi dernier.
Des pluies diluviennes se sont abattues, ce mercredi 27 juin, sur l’Afghanistan. Vers 15h, dans le Panjshir, les ruisseaux se sont transformés en torrents dévastant sur leurs passages, les fragiles maisons en pisée, la nouvelle récolte de blé, les arbres plein de fruits, et les habitants, surpris par la rapidité des événements…
« On avait 10 jours pour récolter le blé et planter le maïs, mais maintenant la terre est recouverte de boue, on ne pourra sûrement rien cultiver de l’année ». La rivière Panjshiri en quelques minutes est sortie de son lit, emportant les ponts et inondant les villages trop proches.
De nombreuses personnes ont été emportées « Il est vite allé aider à construire une digue afin de protéger les maisons, mais la rivière est montée trop vite… », raconte un habitant de Qalatcha. Il avait 22 ans.
La province connaissant déjà une vie économique difficile, après un hiver particulièrement froid et la récente fermeture du seul hôpital de la province, c’est un nouveau coup dur pour les habitants du Panjshir.
Sur les bords de la nouvelle route, aujourd’hui, recouverte d’une couche de boue, les panjshiris s’affairent. Reconstruire, déblayer, sauver ce qui peut être sauvé de la récolte, et, surtout, ne pas penser au futur qui une fois de plus risque d’être bien difficile.
La langue persane regorge de formules de politesse et autres proverbes dûment utilisés. Après quelques mois en Afghanistan, on commence à les repérer, mais depuis quelques temps, je peux même les utiliser et qui plus est à bon escient.
Quelques exemples…
Le grand classique « Zanda boshi », utilisé au moment de prendre congé, il équivaut à notre « prend soin de toi ». La traduction littérale, néanmoins, est bien plus originale. A chaque au revoir Afghan, on te dit pas moins que « reste en vie »…
Mon préféré : « Tchéma’t é tu maqhbul ast ». Il y a deux façons de recevoir un compliment en dari. Mise en situation : A la remarque « Oh tu as un beau pull aujourd’hui » soit tu récupères le pull, ce qui te rend plutôt mal à l’aise… Soit la personne te répond littéralement « ce sont des yeux qui sont beaux », ce qui se passe de commentaire…
Le dernier en date : « Yack roz didi dost, déga roz didi bradar » La seule traduction suffit : « Un jour tu vois un ami, le jour suivant un frère »
J’ai arrêté mes cours il y a deux mois maintenant, faute de temps... Mais je suis loin d’avoir percé les mystères de cette langue, aurais je commis une erreur ?
Arriver dans le Panjshir est toujours un grand moment. La photo de Massoud et les carcasses de tanks soviétiques qui rappellent une résistance omniprésente. La rivière et les montagnes de part et d’autres au milieu desquelles on se sent infiniment petit. Et il y a « Koko », ce vieillard qui ne se sépare jamais de son pakol et de son sifflet et qui garde depuis la nuit des temps l’entrée du Panjshir.
Depuis toujours, Koko est là surveillant scrupuleusement le va et vient incessant des voitures à un virage particulièrement dangereux.
Depuis la construction de la nouvelle route, ce travail n’est plus aussi indispensable, la visibilité ayant augmentée. Or, le visage brûlé par les intempéries, Koko est là et avec un grand sourire et un « Bakheir Méri » (Va en paix), il t’accueille dans
Aujourd’hui pourtant il n’y avait personne. La nouvelle route accueille aussi de nouveaux chauffards qui n’ont que faire du travail de Koko, des enfants qui jouent sur le bord de la route, des femmes en tchadri qui ne voient pas venir le danger, et autres vies qui ont investi la nouvelle route. Les accidents se multiplient et il y a deux jours c’est Koko qui en a payé les frais.
Alité et triste de ne pas être fidèle au poste, pour la première fois aujourd’hui j’ai vu Koko sans son Pakol.
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